Aujourd'hui, j'écris d'un endroit où je suis sur qu'il n'y aura pas de coupure d'électricité, ni de panne d'ordinateur. Depuis quelques jours, je suis de retour en France. Un vrai bonheur de retrouver les amis, la famille, les rigottes de chèvre et le Bordeaux !!! Maintenant, il va falloir que je me replonge dans la « vraie » vie : travailler, utiliser une machine à laver pour le linge, dormir tous les jours au même endroit, utiliser une douche pour me laver, ne plus boire de café lyophilisé, utiliser une passoire avant de boire le thé...
Relisant mes deux derniers articles sur l’Inde, je me dis que je n’ai pas fait un témoignage très
positif de cette expérience. J'étais sans doute sous le choc du pays. Après avoir quitter les contre-forts himalayens de Nord de l’Inde, j'en ai pris plein la figure et j'ai été submergé par la
surpopulation des plaines indiennes. Dans ces régions du Nord, les gens sont partout, toujours présent, du matin au soir. Au bout d’un moment, malgré leur gentillesse, cela m’est devenu assez
fatigant, voire oppressant.
A chaque pause, dans un restaurant, sur le bord de la route ou trente mètre à l’écart de la route, dans les minutes qui suivent, un à quinze Indiens sont là pour observer ce que je fais. Le soir, toute une assemblée est présente pour m’observer monter ma tente, cuisiner, manger, me brosser les dents… Ils sont toujours aimables et attentionnés mais je préfère la tranquillité des alpages kirghizes ou du plateau anatolien pour passer mes nuits. Je crois avoir été saturé par trop de gens, trop de regards, trop de questions, trop de bruit, trop d’agitation. Je n’étais plus disponible pour prendre le temps d'écouter les gens, avoir envie de discuter, échanger, partager.
Malgré tout, voyager en Inde est une belle expérience, une ballade de site historique en site.
Agra, Jhansi, Orccha, Kajuraho, l'Inde rayonne de ses trésors d'histoire, de culture et d'architecture.
Comme les guides aiment à le rappeler, elle est aujourd'hui le 3ème pays de par le nombre de site inscrit au patrimoine mondial de l'humanité après la Chine et l'Italie ; elle sera bientôt deuxième.
Après avoir bien transpirer sur les routes nationales indiennes, mes derniers tours de roues ont été plus tranquilles. J’ai pris le parti de rouler sur des petites routes et la circulation y est beaucoup moins stressante que sur les highways qui traversent le pays. Peu de coups de klaxon, peu de voiture donc moins de stress.
Varanasi est la dernière étape. Je finis en beauté : l’entrée dans la ville est encore une grande bouffée d’adrénaline. Les véhicules se serrent les uns contre les autres pour essayer d’avancer dans cette magnifique cohue qu’est la ville indienne. Je crois n’avoir jamais vu autant de vache au milieu de la route que dans cette ville.
Ici, les pèlerins viennent en masse. Il règne un mélange d’atmosphère mystique et de grande foire
commerciale où l’on essaie de décharger le pèlerin d’un maximum de ses roupies. Tout est bon pour faire consommer le touriste indien ou occidental : la promenade en bateau sur le Gange, le
collier de fleur, le massage de la main, le tee-shirt a 100 roupies, le charasse et autres chiloms…
C’est également un lieu où les Hindous viennent pour se recueillir. Les temples sont légions. Les
Brahmanes y célèbrent les textes sacrés, récitent des mantras et observent un rituel quotidien.
Un hindou qui meure à Varanasi où y est inhumé est délivré du cycle des réincarnations. Tous les matins, des milliers d’Hindous se purifient dans les eaux sacrées du Gange. Varanasi est aussi la ville de Shiva et des Sâdhus, ces hindous qui ont choisi de quitter le monde matériel pour consacrer leur vie à la méditation, la récitation de mantras, le yoga.
Un bon Pink Floyd dans les oreilles pour ne pas entendre les vendeurs à la sauvette et la promenade
sur les rives du Gange au levé du soleil, les gaths, est un bonheur. Les couleurs y sont magnifiques.
Le 25 décembre, je rejoins le Népal en bus, avec Jo, français rencontrés à Bénarès. Noël dans un bus
indien... une expérience formidable.
Je ne quitterais pas l'Inde sans parler de ses traditions culinaires. Le thali est la spécialité du nord. C'est comme un menu Mac Do où l'on remplace le pain par des chapatis, le steack par des lentilles bien épicées, les frites par du riz, les concombres par un curry de légume et la salade par un chutney ou des pickels, le tout servi à volonté.
Les pakoras sont des rondelles pommes de terres, aubergines, de choux-fleur ou courgettes trempées dans une mixture de farine de maïs, d'oeuf, de chili puis fris dans un grand wok dans les rues des grandes villes ou sur le bord des routes de campagnes. Les paratas sont des gros chapatis fourrées avec un mélande de pomme de terre, d'oignon et de piment, cuits au tandori et que les Indiens mangent au petit-déjeuner.
Au Népal, nous rejoignons Katmandou où Sébastien, mon frère, vient pour une quinzaine de jours :
Katmandou, parc national de Chitwan et trekking.
Le séjour au Népal est bien trop court pour pouvoir apprécier le pays à sa juste valeur. Dix-sept jours puis je prends l'avion pour Paris. 24 heures pour parcourir le chemin inverse. Arrivé en France, je me suis bien sûr précipité dans le Relais H de la gare SNCF pour prendre des nouvelles de l'occident...
L’année est passée à toute allure, vent dans le dos, parfois 20 km/h voire 25 km/h. Je ne me suis pas
perdu en route, je n’ai pas subit de grosse galère, je n’ai pas été victime le syndrome indien*, je n’ai pas attrapé de la malaria ou un méchant parasite. Tout c’est finalement déroulé pour le
mieux dans le meilleur des mondes.
En conclusion, quelques données comptables :
- 14 pays traversés
- 9 visas
- 14 000 km à vélo
- 4 crevaisons
- 3 jantes arrières
- 2 vols en avion, c’est à dire 2,07 tonnes de CO2
- 2 tee-shirts
- 5 pantalons
- 2 chaînes
- 1 jeu de pneus
- 198 jours de vélo
- 354 jours de voyage
* Pour en savoir plus sur le syndrome indien, Régis Ayrault a écrit un très intéressant témoignage de son expérience de médecin psychiatre au consulat de France à Bombay : R. AYRAULT Fous de l’Inde, Délires d’Occidentaux et sentiment océanique, 2000, Payot & Rivages, Paris















